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Amoureux d'une étoile 1992 v
Je vois sous mes chaussures défiler un trottoir. Ces bruits, ces gens, ces trains, je suis dans une gare. Un vertige me prend : non je n'ai pas rêvé, Et ce sur quoi je marche, erreur, c'est un quai.
Bon sang, il faut me dire ce que je fous ici. Je viens de dire adieu, bonjour, salut, merci. Mon esprit disait non, mon coeur me disait oui. De ce train qui s'en va, suis-je entré ou sorti?
Devant, dans la voiture, tout est resté en place. Elle attend qu'on la vole, qu'on la pille ou la casse. La lumière m'éblouit, mes vitres sont baissées. On dirait qu'elle aussi, elle est là, délaissée.
Je m'assois au volant et regarde la rue. J'ai dû griller un feu, l'agent ne m'a pas vu. Paumé, je lis "Quai D", au loin un TGV. Il faudrait s'arrêter, se calmer, raisonner.
Refaire le scénario, changer toute l'équipe, Et ne garder, au fond, de ce mélo épique, Que l'exemple typique qu'il faudrait éviter, D'un mauvais plan scénique qu'il ne faut plus filmer.
Merde, je suis touché! Et si dans un effort Je crie qu'il faut se battre à fond, toujours, encore, Si je garde l'allure, je souris, je respire, En fait, je suis fauché, je vois tout s'évanouir.
Allez, faut pas flancher, et de son pas de deux Qui la fait s'éloigner et me rend malheureux, Il faut garder l'envie de regarder demain. Elle est belle, d'accord, mais elle aime quelqu'un.
Je vois dans mon whisky mon visage se fermer. Et maintenant tout seul, je me sens persuadé, Si l'on dit qu'il vaut mieux donner que recevoir, Que ce que l'on reçoit nous fait garder l'espoir.
Et là, je n'en ai plus. J'ai envie de hurler, D'arracher mes entrailles, tout ce qui est touché, De frapper les étoiles, de tirer les nuages, De faire le noir, le break, et de jeter la page.
Amoureux d'une étoile, décidemment, mon vieux, Il est dit que ton coeur est plus grand que tes yeux. Tu ferais bien, pourtant, de surveiller ta vie. Retourne à tes fourneaux, laisse les mélodies.
C'était un autre pas, un autre tour de piste. Content d'être amoureux, mais à la fois bien triste. C'est donc, à l'évidence, qu'il manquât quelque chose. Et bien moi je veux tout : le fait, l'effet, la cause.
Je me donne tout entier, et je veux tout avoir. Pas seulement les miettes, pas les bisous du soir. Même si ça dure une heure, un jour, un mois, un an, Il faudra qu'à tout prix, on soit de vrais amants.
Sinon, dans quel but continuer le chemin? Il faut en rester là et attendre demain. Marcher, gesticuler, sourire en l'oubliant, Et promettre à mon coeur, l'amour dont il dépend.
Je veux sentir sa sueur, découvrir ses épaules, Ecouter ses soupirs, déguster ses paroles, Faire tressaillir son corps, et faire trembler ses lêvres, Lui donner du plaisir jusqu'à ce que j'en crêve.
Je veux qu'elle m'implore, qu'elle hurle mon prénom, Qu'elle enfonce ses ongles, et qu'elle touche le fond De ses instants sublîmes, peut-être sans lendemain, Je veux, pour moi aussi, qu'elle monte dans un train.
C'est pourtant bien facile, il faut se découvrir. Risquer, braver, oser, désirer s'enrichir, Vouloir vivre un moment qu'on ne maîtrise pas. Ici je t'attendrai, ne te retiens donc pas.
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