danielrabillard.com

          

Fantômes de mes amours perdues.

1969

 

 

         Et je marchais, errant, le long de ce trottoir.

          Le ciel était tout bleu, et un gros nuage noir

          Est venu assombrir cette belle journée.

 

          Depuis lors, mes rêves planent chaque nuit,

          Et me ramènent toujours à ce qu'au jour je fuis.

          Je le fuis, je le fuis, j'y passe mes journées.

 

          Je m'ennuie, je m'ennuie, et je n'ose le dire.

          Tout cela reste en moi, je le sens, ça empire.

          Mais malgré tout cela, il me reste l'espoir,

 

          Qu'un jour, en me levant, je vois se refléter

          Le visage de celle qu'il me tardait d'aimer.

          Et alors je dirai : qu'il est beau ce miroir.

 

          Mais quand la trouverai-je ? Existe-t-elle au moins ?

          Mais comment la garder et l'aimer avec soin ?

          Jusque là les miroirs n'étaient que des mirages.

 

          Et quand c'en n'était point, je les ai pris comme tels.

          Ou du moins, je l'ai cru, voilà qui est pareil.

          La chaleur me quitte, la vie n'est qu'un passage.

 

          Un nouveau jour se lève, il est beau, il est vierge,

          Mais à peine est-il né que le passé émerge.

          Ils passent les beaux jours, elles passent les années.

 

          Ne soyons pas crédules, ce n'est pas un seul geste,

          Ce n'est pas une larme, un sourire, un prétexte,

          Qui, en un court instant, fera tout oublier.

 

          Et pourtant, je le sais, là-bas, dans le lointain,

          Derrière des montagnes, au détour d'un chemin,

          Brûlé par le soleil ou soufflé par le vent,

 

          Détrempé par la pluie et regardant partout,

          En vivant dans l'espoir qu'un jour il dira " nous",

          Contre vents et marées, un amour m'attend.

 

          Mais combien de ceux-là déjà m'ont attendu ?

          Et parmi ce grand nombre, combien en ai-je vu ?

          Et ceux que j'ai gardés, où les ai-je donc mis ?

 

          Ne font-ils que meubler un coin de ma mémoire ?

          Me cherchent-ils encore d'un visage hagard ?

          Dans tous les cas, c'est sûr, moi seul les ai détruits.

 

          Et maintenant, tout seul, je ne peux dans le fond,

          Qu'injustement, bien sûr, demander leur pardon,

          Et les revoir, peut-être, un jour, tous ensemble,

 

          Pour que je leur adresse mes sincères regrets,

          Leur souhaiter en plus de ne plus rencontrer

               Pour leur bien, leur bonheur, une âme qui me ressemble.

 

retour