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Voyage vers l'intérieur.
Sur
la place du village quelques personnes attendent. Il est 5h et demi et
le car ne devrait plus tarder. Pedro Jorge ne parait pas satisfait
d'avoir été réveillé si tôt et
réclame le sein de sa mère jusqu'à ce qu'un chiot
venant d'échapper à la vigilance de sa maîtresse
qui vient d'ouvrir la porte de sa maison, ne vienne l'inviter à
faire une petite course. Et nous voilà déjà en
train d'insister pour qu'il revienne près de nous alors que le
moteur du bus se fait entendre.
Une heure et demie de voyage pour se rendre à la "capitale", non
pas celle de l'état, Salvador, mais celle de la
préfecture dont dépend notre village, Entre Rios. 70 km
sur une route qui autrefois était bitumée. De temps en
temps apparaissent des traces de cette époque au milieu de la
voie avec des lignes blanches encore visibles. Aujourd'hui, peu importe
ces lignes. Le car va là où les trous sont les moins
importants et roule parfois à gauche, ne se rabattant du bon
coté que lorsqu'il croise un véhicule (deux ou trois sur
tout le parcours). Longtemps cette route fut indisponible car des trous
dans l'asphalte sont mortels pour les suspensions et il y en avait
tellement qu'ils étaient inévitables. Les transporteurs
empruntaient donc un autre chemin, de terre, plus long de trente km.
Maintenant que les travaux minimum ont été
effectués, elle ressemble plus à une piste de sable et a
repris son activité.
Les clichés qui nous apparaissent lorsqu'on jette un oeil
à la fenêtre par laquelle la poussière entre, ne
nous font pas rêver, même si de temps en temps
apparaissent des vallées profondes où se niche un mince
filet de rio. Ce sont des forêts interminables d'eucalyptus, des
restes de maisons abandonnées, des jardins assêchés
où survivent quelques pieds de manioc, de maïs ou de
bananiers. Le car s'arrête de temps en temps pour prendre en
charge des gens qui sortent de nulle part. Le trajet se termine en
empruntant une route, bitumée, celle-là. Au carrefour,
première trace d'une civilisation chargée
d'inégalites, ce qui n'est pas propre au brésil, un
puits de pétrole et une pancarte indiquant que Petrobras
travaille pour notre bien-être.
Le dessin des rues de la ville est géométriquement
presque parfait avec deux "avenues" (deux voies séparées
par un terre-plein central aux rares pelouses brûlées par
le soleil) en V se rejoignant à l'entrée pour
désservir une rue centrale à laquelle toutes les autres
sont parallèles, reliées entre elles par des voies elles
aussi parallèles formant des carrés parfaits où
les commerces abondent.
Il est 8h moins le quart et les occupant du car se ruent dans la ville
pour effectuer leurs achats où leurs actes administratifs.
Déjà la chaleur et la poussière nous imposent le
traditionnel jus de fruit dans une lanchonete. Pour moi, ce sera aussi
pain-beurre et café....
Cette
ville se situe dans ce qui s'appelle ici "l'intérieur". La
physionomie de l'espace géré par cette préfecture
peut s'apparenter à un rectangle débouchant sur la mer
avec environ 20 à 30 km de littoral. Nous sommes à
80 km de l'océan. L'espace qui se trouve au delà de ce
centre urbain est encore plus pauvre avec en prime, comme
problème principal, le manque d'eau qu'une préfecture
voisine mieux équipée et pourvue, fournit
régulièrement aux habitants avec des camions citernes.
Les magasins sont petits et mal achalandés, souffrant de la
proximité (40 km) d'une ville plus importante, faisant partie de
la préfecture voisine, où le commerce est plus important
grâce à une situation géographique et une
désserte plus favorables. Les prix ne sont pas avantageux car
incluent des frais de réassortiment élevés. Je ne
trouverai donc pas là un occuliste capable de me fournir une
monture pour remplacer celle de mes lunettes que j'ai cassée.
Pas question d'espérer faire des affaires dans l'achat de la
nourriture, de trouver à bon marché la cuisinière
ou le frigo qui me font défaut. Sachant que là où
les prix sont intéressants, il faut y ajouter des frais de
livraisons astronomiques, c'est un choix difficile à faire,
calculette à la main.
Un mini-car nous conduit à la ville voisine. Environ quarante
minutes de route asphaltée pour arriver à Alagoanhas qui
regroupe environ cent cinquante mille habitants, trois fois plus
qu'Entre Rios. Elle doit son développement, outre à la
présence de pétrole en moindre quantité que chez
sa voisine, à celle d'une fabrique d'une marque de bière,
Shincarriol. La maison mère se situe à Sao Paulo et le
choix de l'emplacement de l'unité qui déssert le nord-est
est dû à la présence d'une grande quantité
d'eau de bonne qualité dans son sous-sol.
Le centre est animé mais, encore une fois, l'esthétique
de la ville laisse à désirer, révélant le
manque de moyens et la pauvreté de la population. On y trouve
cependant tout ce qui est nécessaire et les prix sont cette fois
très abordables. Un marché couvert immense me fait penser
à celui de Belem, Ver o peso. L'hygiène y est rudimentaire, mais tous les produits sont là.
Le retour de ce voyage vers l'intérieur, d'une distance
d'environ cent vingt kilomètres se fait en cinq heures !!!! Dans
un car bondé où la majorité des gens sont debouts,
ballotés, couverts de sueur et de poussière. Dans les
clichés qu'on se fait de l'Amérique du sud à
travers les reportages, il ne manque que les volailles attachées
et battant des ailes. Là, non. Elles voyagent en barquettes ou
en sacs congelés qui seront bien entendu ramolis à
l'arrivée. Les arrêts sont fréquents pour faire
descendre les passagers et leurs sacs de provisions.
Nous voici donc revenus à Massarandupio où on respire de nouveau la brise de l'océan tout proche.
Pourquoi le récit de ce voyage vers ce que j'ai appelé
l'intérieur comme il se nomme ici? Parce qu'en même temps,
j'ai l'impression de faire un voyage vers l'intérieur de
moi-même. La comparaison est osée mais la métaphore
dessine bien ce que je ressens :
L'océan, la plage, le rio, les dunes de sable blanc, les
cocotiers et... derrière, la dureté, la pauvreté,
la maladie, l'insécurité, la sécheresse...
Lorsqu'on parle d'insécurité, on imagine mal ce que cela
représente pour un français moyen comme moi qui
débarque dans ce lieu. Le village est très tranquille,
mais, de temps en temps... Trois malandrins dépouillent un jeune
qui rentre du travail sur la piste qui joint le village à la
route. Bilan, quelques reals et un téléphone portable. Le
lendemain, deux sont retrouvés mort près du poste
à essence, le troisième en fuite... Une rixe oppose un
homme à des habitants lors d'une fête au village. La
police l'emmène jusqu'à la route qu'il doit prendre pour
retourner chez lui... on le retrouve lynché le lendemain... Un
pêcheur signale un corps sur la plage que les urubus, rapaces
locaux, ont commencé à dévorer... ils termineront
tranquillement leur travail sans que personne ne se déplace...
Trois crapules (selon les sources) sont retrouvées abattues dans
leur voiture sur un chemin du village voisin... A salvador, les faits
divers font la une des journaux. Le dernier en date fait état
d'un règlement de compte entre bandes rivales qui se disputent
le marché de la drogue : Treize morts en vingt quatre heures...
Mais l'insécurité c'est aussi dans les hôpitaux
où les récits de personnes âgées où
de nouveaux nés soi-disant soignés, retournent chez eux
avant de rendre l'âme. Deux cas de personnes âgées
et un bébé rien qu'au village en moins d'un an.
Ne voyez pas là un quelconque signe de regret d'avoir choisi de
vivre ici. De toute façon, avec ma petite retraite, je n'aurai
pas les moyens de payer les structures qui sont mises en place chez
nous et qui nous coûtent très cher. Je veux dire que je
n'aurai plus les moyens de vivre en France où, pour seize
trimestres de ma vie qui manquent dans ma comptabilité sociale,
je me retrouve obligé de me débrouiller avec des
ressources bien en dessous de ce qu'on appelle le seuil de
pauvreté.
Mais j'ai choisi ainsi, je me suis mis en tête de réussir
dans l'écriture et je suis certain qu'un jour j'y parviendrai.
Je vis à la frontière entre ce qui apparaît un
paradis aux amateurs de photos de cocotiers sur une plage, et ce qui
est considéré comme un enfer par ceux qui luttent pour
survivre derrière cette photo.
Encore une fois, la présence de grands complexes toutistiques
où la nuité peut atteindre trois cents euros ne change
rien.
Ceux qui entrent pour y travailler ressortent avec quelques reals qui
leur donnent des envies au-dessus de leur moyens et les dirigent
directement vers les problèmes bancaires. Comme sur les
trottoirs de Belem où je décrivais le mélange des
trois couleurs blanc, rouge et noir il y a dix ans, ces trois couleurs
sont, encore aujourd'hui, séparées.
Je suis un gringo, donc j'ai de l'argent. On pourrait croire que ce
raisonnement simpliste est propre à ce coin. Non, là
aussi, en France, les autres ont toujours considéré que
j'en avais. Oui, juste assez pour payer ce qu'on me demandait, et on
m'en demandait, en tant que célibataire, propriétaire
terrien, agriculteur, puis chef de publicité dans un quotidien
régional !!! Est-ce vraiment propre à ma
personnalité que de n'avoir jamais pu mettre un sou de
côté? Un jour, mon père m'a dit que je ne
réussirai jamais parce que j'étais trop honnête. Il
ne voulait pas m'envoyer voler le voisin, mais considérait que
j'avais trop de principes, que je ne savais pas parler argent. Je pense
qu'il n'avait pas tort. Mais, tout bien réfléchi,
fonction de ma phylosophie de vie, cela m'aurait rapporté quoi ?
Prenons par exemple un sujet d'actualité, le réveillon.
Celui qui vient de se dérouler fera partie des inoubliables.
Pourtant, il n'y avait ni huîtres ni foie gras, pas de
paillettes, de champagne millésimé...
Il y avait la marée basse qui avait laissé un rio d'eau
salée devant la paillotte, un clair de lune qui illuminait la
plage au point qu'on pouvait voir la ligne des cocotiers au plus loin
de l'horizon comme en plein jour, et le bonheur de commencer
l'année nu sur cette plage, envahi par un sentiment de
liberté propre à laisser la place aux voeux les plus
fous. C'est dans ces moments là que j'ai l'impression de faire
quelque chose d'utile pour le bien-être de mon âme.
Je me souviens d'un autre où, ayant décidé au
dernier moment de réveillonner sous la neige, nous avons
roulé jusqu'à la rencontrer,... pour nous voir refuser
l'entrée à tous les restaurants pour faute de
réservation, et finalement revenir à la maison manger une
platée de nouilles.
Quel bonheur quand on partage ces moments avec une personne que l'on aime et dont on se sent aimé.
J'ai ouvert une page montrant le bilan de dix ans depuis que j'ai
effectué le bogue du quinquagénaire en 2000. Je n'ai pas
parlé des galères, car il y en a eu, et de bonnes !
Mais qu'importe, c'est le prix à payer pour réussir
et pour apprendre.
J'ai trouvé une pelleteuse !
Nous avons coutume de dire, dans notre jargon d'européen
privilégié, que le fossé se creuse entre les plus
nantis et les plus démunis. Voyez plutôt :
Dans ma quète d'un frigidaire et d'une cuisinière
à gaz, je me trouvai en butte devant un problème
insoluble, celui de payer par mensualités. Mes papiers montrant
que je reçois une retraite mensuelle, en français, sont
innaceptés. Mon épouse ne recevant pas de salaire
déclaré ne pouvait pas non plus accéder à
cette formule. Ma carte bancaire refuse les paiements
mensualisés. Nous avons donc fait appel à une belle soeur
déjà enregistrée dans une grande chaine de
magasins de meubles, électroménager, hi-fi... pour faire
les démarches à notre place, ce qui fonctionna. Mais
quelle surprise lorsqu'elle ramena les papiers à la maison
après avoir effectué l'achat.
Prix d'achat de l'ensemble : 1020 reals
Frais de livraison
: 25 reals soit un total de 1045 reals.
Versement à la commande : 250 reals
Solde à payer
: 795 reals
Paiement en 10 mensualités de 162 reals soit un total de 1620 reals
soit 1620 - 795 = 825 reals d'intérêts!!! 104
% ce qui donne 104 : 10 x 12 = 124,8 % annuels ! ECRIT SUR LA
FACTURE
Outre le fait d'avoir mis le doigt sur la méthode
utilisée par le monde financier pour profiter du manque de
connaissance des plus pauvres, j'ai le plaisir d'annoncer avoir
trouvé un moyen de se faire de l'argent, en plus de celui de
créer une religion dans ce pays. Je suis révolté.
Mais tout bien analysé, ne suis-je pas né
révolté ? En France, il y a tant de sujets qui m'ont fait
hurler, mis mal à l'aise devant le silence de mes concitoyens :
le commerce de l'eau potable, l'ex monopole des pompes funèbres,
les techniques de financement du monde politique, l'inexistence de la
démocratie dans un monde d'argent, l'esprit colonialiste, le
racisme, le patriotisme exarcerbé, le saupoudrage pour qu'on la
boucle... Au cours de ma vie on est passé d'un raisonnement
d'après guerre à celui de crise financière. Il est
vrai qu'il est plus facile de profiter du peuple quand on lui
crée un problème, quel qu'il soit. On perd trop de vue
que ce sont ceux qui nous dirigent qui font les ennuis que nous devons
résoudre.
Toutefois ma réaction n'est pas celle d'un pessimiste. Je ne
suis pas comme la fille d'un ami très proche qui me disait
à l'âge de seize ans qu'elle ne serait jamais heureuse sur
Terre sachant que la misère existait.
Je vois cette misère, mais ne la montre pas. Est-ce de la
pudeur? Est-ce mal placé ? Je n'en sais rien. Peut-être
devrais-je créer une "page pauvreté" pour ouvrir les yeux
de certains qui ne voient que la chute de la noix de coco sur le pare
brise de la voiture comme source de crainte. Je sais que je ne
changerai pas leur façon de voir les choses et que je satisferai
les voyeurs. Mais maintenant il m'apparait indispensable de la
rédiger, pour montrer ceux qui ont protégé
jusqu'à maintenant ce territoire que je tiens tant à
faire découvrir aux naturistes et aux autres amateurs de
liberté sauvage.
"Cachoeira dos indios"
C'est le titre d'une affiche posée en face de la station service
à l'entrée de la route de terre qui mène au
village de Massarandupio. Le titre est en lettres blanches sur une
photo d'une cascade où des baigneurs semblent prendre beaucoup
de plaisir. "Cachoeira dos indios" 18 km. "Cascade des indiens". Si
l'affiche et son support ont soufferts des frasques du temps,
l'information a attiré mon attention depuis bien longtemps. J'ai
profité de la présence d'un couple de français
ayant fait appel à mes services de guide pour partir avec eux
à la découverte de cet endroit, perdu dans la campagne de
" l'intérieur ". Quinze kilomètres de route de terre et
trois kilomètres de chemin plus loin, un autre paradis.
Le rio "Subauma", courant dans une nature impénétrable et
hostile, bouillonne à cet endroit sur des rochers, se
sépare en deux bras qui entourent un îlot de sable blanc.
Trois maisons et une cabane de fortune posée sur le bord du rio
sont entourées de jardins où poussent du manioc, des
cocotiers, des orangers... Des poules, des canards, un cochon sont les
signes d'une vie en autarcie de ces quelques habitants qui vivent
"à l'indienne". Un tracteur attelé à une remorque
indique qu''un employé d'une fazenda habite ici et gagne
ainsi de quoi se payer le sel.
L'eau est fraîche, le poisson abondant et si vous laissez votre
pied faire trempette, au bout de quelques secondes, des petites
écrevisses viennent vous visiter. Deux gamins apportent
des noix de cocos et leur père se propose de les ouvrir pour
boire leur eau.
C'est une autre vision de la vie de bon nombre de brésiliens
qui, éloignés de la civilisation, trouvent dans la
nature les moyens de survivre, tout en gardant l'esprit hospitalier
pour accueillir les visiteurs qui osent s'aventurer dans leur
paradis.
 
Oui, ils ont l'eau courante, le supermarché fruits et
légumes à la porte de la maison, la poissonnerie, la
viande fraîche qui coure autour de la maison, et pour peu que
quelqu'un leur indique qu'avec une dynamo, en utilisant le courant de
la rivière, ils
pourraient avoir aussi la lumière, on les envieraient. Mais il
faut quand même y vivre dans cet endroit, s'habituer aux
désagréments causés par les rencontres fortuites :
serpents de toutes espèces, de toutes marques et couleurs
gordini ou non, caïmans, scorpions, jaguars, moustiques,
araignées géantes... Vous allez penser que je tente de
vous dégouter de tenter l'expérience. Non, les plus purs
auront quand même envie d'y venir. Personnellement j'y passerais
volontiers un mois, loin de mon signal internet réticent qui ne
me permet plus d'utiliser la toile comme je le voudrais et me stresse.
Oui, je stresse à cause d'internet ! ici ! Faut le faire comme
dirait la repasseuse ! Mais j'en ai besoin. Et les besoins, vous savez
ce que c'est, quand on n'en a pas, on s'en crée, et on paye...
Dans le monde d'aujourd'hui internet est la meilleure chose que
l'humanité ait pu mettre à sa disposition pour
communiquer. Ses détracteurs disent qu'on trouve de tout sur
internet, les autres disent qu'on trouve tout sur internet. Les
premiers font preuve d'une belle hypocrisie, oubliant sans doute de
jeter un oeil sur les étagères des bar-pmu-bureau de
tabac-épicerie-dépot de pain-dépot de presse
où leurs chérubins vont leur acheter la baguette ou le
paquet de clopes. Ce sont les mêmes sans doute qui regardent "la
ferme" ou autre émission de ce type. Ici on appelle ça
"Big Brother Brasil". C'est autant prisé que les novelas,
imaginez ! Non, vous n'imaginez pas et vous n'en avez rien
à faire. Comme je vous comprend !
Alors, retournons sur la toile où se trouvent ceux qui me
lisent. Bonjour ou bonsoir, merci d'être là.
La question est de savoir ce que vous attendez ou recherchez dans mes
récits. C'est sans doute pour cela que mes sujets sont
variés, pour que tout le monde trouve un peu de soi et
débatte intérieurement de mes coups de gueule ou de mes
anecdotes.
Tenez, je vous en livre une : aujourd'hui, marchant tranquillement dans
la rue avec mon fils dans mes bras à qui je promettais un bon
chocolat chaud, j'ai mis le pied dans un trou et suis tombé. Une
roulade plus loin, je n'ai pu que constater la lêvre ouverte de
Pedro et... rien d'autre heureusement. Il raconte ça à
tout le monde et moi je regarde d'un sale oeil le chien qui a fait ce
trou pour dormir dans un peu de fraîcheur, à qui je dois
d'avoir perdu quelques cm carré de peau sur le genou. Ah, au
fait, je revenais d'où ? Du bureau de l'association des
habitants où le signal internet arrive. Décidément
!
Je commence à prendre beaucoup de plaisir dans mon nouveau
rôle de chauffeur-guide-interprètre, car je
découvre moi aussi des lieux qui m'étaient jusqu'alors
inconnus. Il s'agissait d'emmener un couple profiter de cette cascade
décrite ci-dessus. Mais ayant appris qu'il y avait pas
très loin une ruine d'église perdue dans la nature,
sachant que ces vestiges sont directement liés aux conditions
horribles vécues par les esclaves il y a seulement quelques
dizaines d'années, je proposai l'aventure constatant que mes
clients avaient le profil de gens capables d'apprécier. Je ne me
suis pas trompé. D'abord sur le coté "aventure",
puisqu'il nous fallut emprunter des chemins pentus sous la direction
d'un guide qu'on m'avait indiqué. Vingt minutes de marche
plus loin, nous arrivons sur les lieux où se dressent quelques
murs imposants... en même temps qu'une pluie d'orage nous trempe
jusqu'aux os. Gênés dans notre envie de tirer plus de
photos, et pressés de retourner à la voiture pour se
mettre à l'abri, nous partons... et la pluie s'arrête.
Voilà de quoi alimenter les conversations des locaux qui
clâment à qui veut les entendre que l'endroit est
"habité" par les esprits de ceux qui y ont souffert. Je
respecte, mais de l'avis de mes deux clients, et du mien, ça
vallait le détour et la bonne douche.

Je suis allongé sur la plage et la mer vient me lêcher les
pieds de temps en temps. Mon fils me couvre de sable avec de grands
éclats de rire auxquels je réponds timidement. Je suis
préoccupé.
D'abord par ce que je viens de voir : toutes les forces locales de la
police, de la justice, de la préfecture et de l'état ont
débarquées ce matin avec tracto-pelle et camion, dans
l'intention de démolir les barraques de plage, disant qu'elles
étaient hors-la-loi. Aucun avertissement envoyé
préalablement, seulement profitant de leur présence pour
répondre aux appels de l'association des habitants qui
dénonça une construction irrégulière (trop
proche d'un rio avec les égouts envoyés
dans celui-ci). Résultat : la population s'est
rebellé et aucune démolition n'a été faite.
Le "promotor", équivalent à notre préfet, a
déclaré qu'il ne reviendrait plus aider la population
contre les constructions irrégulières, laissant la place
a qui...
Ensuite par ce que je viens d'apprendre : un grand groupe
hôtelier vient d'acheter les terrains d'une entreprise avec qui
le village avait déjà beaucoup de mal, pour faire un
hôtel derrière la plage textile, la plus
fréquentée par les locaux, d'abord pour y pêcher et
aussi pour se distraire.
Enfin par ce que je viens de faire, prenant le parti des habitants dans
un langage "européanisé", montrant que j'étais
contre les actions du pouvoir de l'argent dont on sent de plus en plus
qu'il s'intéresse à Massarandupio, faisant fi de la vie
des autochtones comme ce fut le cas dans tous les autres villages
de la côte.
Préoccupé mais me sentant encore plus dans la peau des habitants d'ici.
J'aurais envie de dire : venez vite profiter de ce coin de paradis
resté sauvage, gardé par un village authentique, avant
que les tonnes de ciment et de parpaings ne l'engloutissent.
Encore une preuve que l'endroit que j'ai choisi pour vivre a un attrait
indiscutable : le couple à qui je viens de servir de guide
devait rester une semaine avant de continuer son périple en
Amérique du sud. Ils sont restés un mois avant de
s'envoler pour Lima au Pérou. Je les salue au passage s'ils
viennent à lire ces lignes et les remercie pour tous les moments
agréables que nous avons partagés. En attendant mes
prochains "passagers", je vais continuer de chercher des sites, des
activités, des rencontres pour étoffer mon offre et faire
en sorte que les gens repartent avec une idée plus
précise de la culture et du mode de vie des habitants de
"l'intérieur" même si on se trouve sur le littoral,
et ceci tout en bronzant et bullant sur une plage incomparable. Bon,
aujourd'hui ce ne serait pas le cas. En effet, depuis hier, la pluie a
fait son apparition, c'est l'hiver avec 23° qui remet les rios et
les réserves en eau à niveau. Ce mouvement climatique
fait sans doute suite à celui qui a créé la
catastrophe de Rio dont vous avez dû entendre parler. Il faut
dire que d'après ce que je vois à la télé,
le sud du Brésil est en état permanent de catastrophes
naturelles avec beaucoup, beaucoup d'inondations, glissements de
terrains, coups de vents... Ici, dans le "nordeste", le soleil ne
laisse jamais très longtemps sa place aux nuages.
Bien sûr, le chaud soleil n'a pas tardé à refaire
son apparition. Après une semaine de pluie, la
végétation se sent pousser des ailes. Je vais donc
"cultiver mon jardin". Mais avant, il me faut clôturer afin
d'empêcher les intrus (ânes, mules, chevaux, volailles
et... les fûtés garnements qui prennent plaisir à
visiter les plantations pour y trouver leur nourriture. Voilà
une occupation qui n'a jamais fait partie de mes passions, mais je suis
pressé de savoir ce que vont donner les graines que j'ai
ramenées de France. A propos de mes passions que j'ai toujours
trouvées trop nombreuses, il est bien évident que j'ai
dû en abandonner quelques unes en venant ici. Les délires
au piano font partie des lointains souvenirs, le théâtre
est rangé dans un fond de ma mémoire, le rugby reste une
option le jour où je me sentirai capable de repartir de
zéro pour monter et entraîner une équipe ici alors
que le jeu à sept est en train de se construire et me demande de
m'engager... Mais le rugby à sept n'est pas ma tasse de
thé, et pour le quinze... former un groupe, trouver les moyens
de le faire voyager pour jouer et apprendre... à voir. Bien
sûr je dois me passer des quelques occasions annuelles de monter
dans une formule trois ou encore de quelques séances de karting
pour faire monter mon adrénaline. Mais il en est une qui reste
intacte : la formule un. Vielle, très vieille passion qui m'a
valu de passer des heures devant la télé pour voir les
courses en direct. Et là, tout le monde est surpris de me
voir me lever en pleine nuit pour assister aux grands prix. En effet,
avec le décalage horaire, il faut se lever à trois ou
quatre heure du matin pour ne rien manquer, ni des essais du samedi, ni
de la course le dimanche. Les réflexions fusent quant à
cette habitude, mais j'attends de les voir s'organiser pour voir les
matches de la coupe du monde de foot. Déjà, on me demande
pour qui je vais être si le Brésil rencontre la France.
Sincèrement, même si je ne connais rien au foot, je trouve
que cette équipe du Brésil joue bien et a un entraineur
qualifié. Alors, si les deux équipes se rencontrent et
que la France gagne pour la troisième fois consécutive,
je crois que j'irai prendre un bol d'air pendant quelques jours sur une
autre plage, le temps que les commentaires se tassent. Mais si cela
arrive, j'ai bien peur qu'ils prennent leur revanche car les nouvelles
sur la qualité de notre équipe ne sont pas des
meilleures. Allez, encore une cinquantaine de jour à patienter
pour vivre ce qui reste un évènement national ici
à ne pas rater même si je ne suis pas accro de ce sport.
"Je suis dans mon salon, devant un feu de cheminée, une radio est allumée.
J'ai pris pour la
première fois mon dictaphone dans une main. J'ai
réalisé en le prenant que j'allais désormais
l'utiliser souvent. Cela me rappelle une scène du film "Au nom
de tous les miens" de Martin Grey, celle où il enregistre
l'histoire de sa vie avant de se suicider.
Ce soir, il ne s'agit pas
d'un suicide, bien au contraire. Peut-être en relisant ces
lignes, plus tard, certains esprits malins diront que c'en était
une sorte. S'ils ont raison, la vie est un suicide.
Je viens de concrétiser dans ma tête, l'idée d'un changement dans ma vie, que j'allais effectuer radicalement. Il m'a paru intéressant de raconter comment j'en étais arrivé là.
Bon, c'est une vie banale, mais qui a une originalité qui peut interpeler, intéresser, pourquoi pas ?
Savoir pourquoi je peux avoir peur de la vie à cinquante ans, pourquoi je m'interroge sur mes relations avec les femmes.
Savoir vaincre la solitude, ou organiser les années qui arrivent avec elle.
Laisser enfin libre cours
aux envies qui me poussent depuis la nuit de mon temps, des rêves
jamais réalisés, toujours remis à demain, ou
à peine esquissés.
La musique, sur le piano
des bourgeois chez qui ma grand mère faisait des ménages.
Je ne le maîtrise toujours pas comme je le souhaiterais, mais il
m'éclate, c'est l'essentiel.
Le théatre,
débuté à dix ans dans un grenier de la ferme, puis
sur une vraie scène, en salle puis à l'extérieur.
Le cinéma, le
rêve le plus tenace. A quinze ans j'avouais à un
professeur mon envie de tourner des films. A vingt cinq ans je cassais
ma tirelire pour acheter une caméra video. A quarante je
sacrifiais ce qui restait de ma ferme pour la société
audiovisuelle que je venais de créer.
J'écris depuis
l'âge de treize ans. J'espère ne pas rougir de mes textes
d'aujourd'hui comme je le fais de ceux de l'époque. Mais
c'était moi, c'est moi. Celui qui s'émerveillait devant
les photos et les récits que mes cousins rapportaient du
Maroc quand j'avais dix ans.
Je crois avoir puisé là mon goût pour le soleil et les peaux mates.
Peut-être aussi l'idée d'aventure, mais celle-là, qui ne l'a pas ?
Alors, vous allez dire "Bof !".
Mais c'est ce que vous
allez dire. Ce qui m'intéresse, c'est votre pensée, et
surtout la relation que je vais avoir avec elle, et ce dont elle ne
parle jamais.
Alors je vais me livrer.
Ca m'inquiète, mais ça me permet de satisfaire mon
égocentrisme, mon orgueil, mon coté cabotin.
Attention, en vous rapprochant de moi, vous pourriez prendre confiance !
Il y a aussi que les choses qui ont fait mal, on a besoin d'en parler, besoin d'exorciser les erreurs passées.
Et puis, quand on a
l'impression d'avoir vécu des émotions
particulières, on pense pouvoir apporter un éclairage
différent sur ce qui nous entoure.
J'ai le sentiment d'avoir pris du recul par rapport au monde où nous vivons.
J'ai envie de parler de
nos relations avec l'argent, la misère entretenue, le sexe, la
manière dont nous sommes organisés sur la planète.
Alors j'ai
décidé de partir, voyager, et rassembler tous mes
rêves : l'écriture, les musiques lointaines, la mise
en scène sur internet, les video, la quète de "la" femme.
Faites gaffe, j'arrive peut-être chez vous !
Je vous raconterai comment je me suis concentré pour arriver enfin à ne faire que les choses qui me plaisent.
Vivre en faisant ce que
l'on aime, sans contrainte, dans le plus profond respect des autres, de
leur culture, de leurs différences, en s'en enrichissant."
Ecrit la nuit du vendredi 22 janvier 1999.
En ce mois de mai 2010, les prochaines élections du
comité directeur de l'association des habitants de Massarandupio
s'approchent. Je pense que nous allons vers une belle empoignade car
les troupes sont pour le moins divisées pour s'octroyer le
pouvoir de décision sur l'avenir de la communauté. C'est
un pouvoir bien mince, doté d'un budget réduit à
son strict minimum, mais certains y voient l'occasion de servir leurs
intérêts, et ça les rend... cons, méchants,
insupportables, voire dangereux.
L'équipe en place, très critiquée, emmenée
par une belle-soeur à sa présidence, me demande
d'endosser le titre de directeur de l'environnement (milieu ambiant
comme on l'appelle ici). Je dois cette demande à mon
intervention le jour où le "promotor" de la préfecture
est venu pour détruire les barraques de plage, en vain. Loin
d'être un fou de la réunionite, j'accepte avec
réserve, ayant déjà le titre de
vice-président de l'association de naturiste de la plage de
Massarandupio. Mais les deux rôles vont de paire et puisqu'ils me
font l'honneur de m'accorder leur confiance, alors que je ne suis qu'un
"gringo estrangeiro", je veux bien risquer de me prendre une
veste.
Ici, c'est l'automne avec ses averses passagères et ses vingt
huit degrés quand le soleil se montre. Depuis trois jours, la
situation est idéale : il pleut la nuit, et nous avons droit
à un magnifique ciel bleu dans la journée. Quel pied !
Bien sûr que ce temps facilite et augmente la
prolifération des moustiques qui sont et resteront la
première source de désagrément dans ma vie ici.
L'autre jour, discutant avec ma belle-mère qui venait ramasser
les feuilles d'une plante appelée "capim santo" (herbe sainte),
pour en faire une tisane et soigner ses douleurs, il me prend
l'idée d'en écraser une feuille et de la porter à
mes narines. Je reconnais aussitôt l'odeur de la citronelle.
Depuis, je me frotte les jambes et les bras avec ces feuilles quand
arrive le soir et ça marche. J'ai fait des émules parmi
les autochtones qui se sont montré très surpris et
admiratifs de mes connaissances, même si leur peau et leur
habitude font qu'ils souffrent moins de cet inconvénient que moi.
Ceux qui ont eu le courage ou la curiosité ou les deux, de lire
l'Avortamour, savent que je suis allé me le chercher celui dont
l'absence marquait jusqu'àlors la plus grosse déception
de mon existence, j'ai nommé, mon fils, Pedro Jorge.
Déjà et seulement deux ans et demi que je le regarde,
l'observe, l'analyse, pour me persuader que les lois de la
génétique sont inplacables tant je perçois des
ressemblances avec certains de mes traits de caractère, et pas
des meilleurs : têtu, indiscipliné, sachant ce qu'il veut,
casse-cou... C'est simple, il m'arrive parfois d'être un
peu gêné quand je le regarde agir, comparativement
à ses cousins plus âgés. Mais la fierté
qu'il soulève en moi m'oblige souvent à le comparer avec
les enfants de son âge pour me persuader qu'il a quelque chose de
particulier, un je ne sais quoi de différent qui fait que quand
par exemple je traverse le village avec lui pour acheter le pain, tout
le monde, je dis bien tout le monde, y va de son petit mot pour lui,
des enfant de son âge aux grands parents, tout le monde. Et lui
répond "boa tarde", "beleza", " Tudo bom", comme il me dit "Ca
va" quand je lui demande.
Il sait aussi faire le clown pour nous amuser, sa mère et
moi, demande de mettre de la musique quand il n'y en a pas, danse à chaque fois que l'on en met et ça, depuis longtemps...
Je
ne peux m'empêcher de l'imaginer un jour, en France, dans
quelques années, avec vous peut-être, demandant de parler
de moi pour en apprendre plus sur son vieux père. C'est un peu
le scénario de mon dernier bouquin "Rassemblez-moi". Selon la
personne à qui il posera la question, les réponses
pourront être diamétralement opposées mais s'il
apprend suffisament bien le français pour lire ma prose et mes
vers, il aura quand même une bonne base sur ce qui fut un
parcours chaotique et j'espère qu'il en tirera les leçons
pour atteindre plus tôt ses propres objectifs.
" Si un jour tu me dis
que d'un grain de sable va naître un oiseau, je vais m'assoir
à ton coté et attendre."
Maxim Malhado
Maxim Malhado est un poête brésilien,
professeur d'éducation physique et peintre à ses heures,
qui vit à Massarandupio. Il vient d'éditer un recueil de
poêmes et celui-ci, parmi d'autres, m'a séduit.
C'est une magnifique déclaration d'amour.
Mais l'art, et peut-être plus particulièrement la
poésie, est ingrat, et d'autres auraient pu avoir une
interprétation bien différente du fond de sa
pensée.
"Si un jour tu me dis que
d'un grain de sable va naître un oiseau, je te promets la
camisole la plus fleurie, une chambre avec vue sur la salle au jet
d'eau froide, je te fournirai les comprimés qui rendent les
éléphants plus roses, les papillons géants plus
dorés, et j'irai m'assoir à ton coté attendant que tu t'endormes, regrettant de ne pouvoir te croire."
Un article de "Courrier international" avait pour titre "Dieu a abandonné les bleus". Je dirais : " Allah aussi" .
Bon, au moins les amateurs de football vont pouvoir profiter de leur
coupe du monde sans être importuné par les crises des
joueurs français et de leur entraineur. Au moins je suis
tranquille, ils n'affronteront pas le Brésil et je pourrai m'assoir
tranquillement au milieu des suporters sur la place du village
où un client naturiste a installé un projecteur video.
"Gooooooooooooal do Brasil !!!!!!" Impressionnant de ferveur. J'attends
avec impatience une éventuelle confrontation avec l'Argentine,
l'ennemi juré, ça ne doit pas être triste.
Le football français traverse une période noire. Avec Laurent Blanc, on sera peut-être moins marron.
Nous avons donc
été élus, sans opposition. A vaincre sans
péril... Me voilà donc "directeur de l'environnement de
l'association des habitants de Massarandupio, Bahia, Brésil".
Merci, merci, j'ai pas fini d'avoir des problèmes avec ceux qui
ne manqueront pas de me dire "T'es d'où toi, pour me dire ce que
j'ai à faire?" Hé, hé, ça promet.
Nous sommes à la veille de la Saint Jean, Sao Joao pour les
puristes, la fête au forro, cette danse qui ressemble à
une marche rapide et qui vient historiquement des bals organisés
par les colons anglicistes qui les organisaient " for all"
(" pour tous" pour ceux qui suivent).
Comme vous pouvez le constater, je n'alimente plus
régulièrement mon site, notamment la page "A partir de
Sumer" qui me demande des recherches sur internet que je n'ai plus la
possibilté d'effectuer à ma guise à cause du
mauvais signal que je reçois.
Il va falloir être patient, je devrais retrouver une bonne
formule à partir de septembre. D'ici là, je me
débrouillerai avec les moyens du bord, comme maintenant.
Ici c'est vraiment l'hiver cette fois en cette fin de Juin 2010. Il
pleut très fréquemment, le thermomètre a dû
descendre à 20 degrés et le vent est de la partie.
On dit qu'il est agréable de se blottir sous la couette
quand le vent et la pluie battent sur la mansarde... C'est vrai aussi
sans la couette... et sans mansarde.
Je ne sais pas si c'est dû aux intempéries, mais je
n'arrive pas à faire germer un seul grain de lavande. Quel
dommage, je voyais déjà la maison entourée de
touffes violettes et odorantes. Je cherche la raison, peut-être
la composition du terrain trop sableux, pas assez riche en... bref, je
cherche.
Les fêtes de la Saint Jean sont donc terminées. Les feux
allumés à tous les coins du village se sont
éteints et la musique... non, la musique n'arrête jamais.
Notre "quadrille" a remporté le concours organisé par le village voisin.
Cela mérite une explication. " A quadrilha", dans certains coins, reprend le menuet dansé par les colons et parodié par les
esclaves, ce qui donne des clichés étonnants de noirs
africains coiffés d'une perruque blanche et dansant lentement en
se tenant la main.
Notre "quadrilha" a plus une couleur western dans l'accoutrement
d'abord qui est celui utilisé dans la petite maison dans la
prairie, et dans le pas ensuite qui ressemble à une bonne danse
de saloon, avec un scénario bien au point connu de tous,
ce qui permet, une fois le spectacle terminé, de repasser la
musique et de faire danser tout le monde, y compris les gringos qui ne
connaissaient pas en arrivant. Epuisant ! Et cela porte le nom de
"quadrilha mal louca", quadrilha folle.
A l'heure où j'écris ces lignes, l'équipe de
France de football est redevenue un groupe d'individus
privilégiés disséminé sur le globe, et
celle du Brésil un groupe d'individus doués qui rasent
les murs pour éviter les reproches.
Le Brésil est triste au point que c'est à peine s'il suit
le reste de la coupe à la télévision. Il pense
déjà à la prochaine qui aura lieu "à la
maison" et pour laquelle aucun droit à l'erreur ne sera permis.
Avis au prochain sélectionneur qui devrait remplacer l'actuel
croulant sous les critiques.
Il y a environ deux mois, un hélicoptère s'est
posé dans les dunes de sable blanc derrière la plage
naturiste. Déjà que j'estimais que cet endroit
était très "survolé", je suis maintenant
préoccupé de savoir ce qui se prépare. Un groupe
de soi-disant étudiants est venu étudier la faune et la
flore des lieux et il y a quelques jours, Juvenal m'annonçait
avoir repéré des hommes en train de faire des mesures sur
le terrain C'est évident qu'il se prépare
quelque chose, mais je n'arrive pas à avoir d'autres
renseignements. Et puis il y aurait cet achat par un groupe
d'hôtels...
La
végétion à l'intérieur des terres. Au
milieu, la route qui va à la plage et tout au fond, la mer
"Paiement compliqué"
"Le nombre de personnes dans les files d'attente pour payer la facture
d'électrécité est impressionant. Comme si, dans ce
monde de chien, la fatigue quotidienne ne suffisait pas, il faut en
plus supporter des heures d'attente, à la merci des voleurs, et,
pour couronner le tout, sous la pluie. C'est sans doute pour cette
raison et bien d'autres injustices, que beaucoup de gens
préfèrent adhérer au fameux "gato"*.
Traduction de l'article de Juliana Rocha, paru dans le quotidien "Correio da Bahia" le samedi 10 Juillet.
"Gato"
signifie chat en portugais mais, dans ce contexte, ce mot exprime le
fait de faire un branchement sauvage sur les lignes électriques.
Et voilà, ce qui devait arriver arriva : en cette fin de
juillet, alors que je revenais de la boulangerie accompagné de
mon fils, un "barraqueiro" a stoppé sa voiture à ma
hauteur dans la rue principal et m'a accusé d'avoir
dénoncé à l'administration
le terrain soi disant irrégulier de son père .
Réfutant mon explication qui disait que je n'avais
dénoncé personne, et devant son état d'excitation
intense, je préférai m'expliquer en face et ainsi,
peut-être, comprendre mieux ce qu'il me répétait.
Alors il sortit du véhicule avec son "facao" (machette) à
la main. Des passants intervinrent pour me protéger, Pedro prit
peur et pleura, et le fait s'arrêta là jusqu'au prochain 9
septembre où je lui ai donné rendez-vous devant le chef
de la police locale.
A noter que cet énergumène désirait mettre une
autre barraque sur la plage naturiste ouverte aujourd'hui seulement
à deux et que ceci n'est sans doute pas étranger à
cela.
Bref, j'ai démissionné de ce poste de directeur de
l'environnement car il m'expose à toutes les forces en
présence pour l'occupation de cet espace de Massarandupio dont
un politique me disait récemment qu'il était la poule aux
oeufs d'or de la préfecture. Et, comme il plus facile de
s'attaquer aux étrangers qu'au voisin natifs du village... et
que j'ai envie d'être tranquille dans ma vie de famille sans
avoir rien à gagner dans cette activité...
suite
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